“Il me disait, quand on s'aimait, un jour tu me quitteras. Ça me faisait rire, c'était absurde, je répondais non je ne te quitterai pas. Si tu me quitteras, tu me quitteras parce que tu es une reine et que moi j'ai le cul en plomb (...) Mais lui, obstiné, répétait tu me quitteras un jour, j'en suis sûr, mais je suis sûr aussi que personne ne t'aimera jamais comme moi. Ah et pourquoi ? Parce que. Parce que quoi ? Parce que c'est comme ça, je te connais par coeur, je t'aime par coeur, personne jamais t'aimera par coeur comme moi. Je pensais qu'il avait tort. C'est loin, je m'en souviens mal, mais je crois que je pensais qu'il avait tort, qu'on ne se quitterait jamais, il était toute ma vie, je n'allais pas quitter ma vie, il disait ça pour se faire peur, et disait ça pour se faire du mal, pour me faire du mal, mais ça ne me faisait pas mal, c'était imaginer une couleur qui n'existe pas, c'était absurde.„
“Je te regarde juste avec ton air agité et tes drôles de gestes qui ne te ressembles plus et dont tu dois te dire qu'ils vont impressionner les clients qui n'en ont rien à foutre de nous en fait.
C'était marrant, avant de discuter avec toi. C'était marrant quand j'aimais tout de toi, toi en bloc, tes faiblesses, tes défauts, je les aimais tes défauts, et j'aimais quand on discutait, j'aimais avoir tort contre toi, et raison avec toi, et t'embrasser, te couper la parole pour lancer "oh là là, tu as la peau douce", et jouer au bébé, et jouer à l'adulte, et mettre un doigt dans ta bouche pendant que tu parlais pour t'énerver un peu, toucher tes dents, retrousser ton nez, te malmener, je t'appartenais, tu m'appartenais, tu le sais bien quand était comme ça. „
“Et j'en ai marre, en même temps, de faire attention. J'en ai marre de la myopie, de la surdité, du mutisme. J'en ai marre aussi d'être enfermée en moi avec tous ces sentiments que j'ai proscrits, tous ces mots que je ne veux plus dire, plutôt mourir que de les dire je me dis, à la casse les mots d'occasion déjà servis, c'est comme mon coeur, et mon corps, eux aussi ils sont d'occasion, eux aussi ils ont aimé et souffert, et alors ? (...) J'ai honte de les penser, les mots, et encore plus honte de ne pas pouvoir les dire. J'en ai marre de ce froid en moi. Marre de ne plus jamais avoir chaud ni mal. Marre de passer à côté de la vie, du bonheur, du malheur, des gens, de la mort. Merde la fausse vie. Merde le noir, le silence, l'anesthésie, les chats, les jeans. (...) Moi, j'ai déjà des souvenirs avec Pablo, c'est déjà ça de pris, c'est le jour qui s'est levé. Tu vois Louise, on recommence, il m'a dit ce matin. C'est ça qui compte, recommencer. Je ne l'aime pas comme j'aimais Adrien, je ne l'aime plus comment aiment les enfants. La vie est un brouillon finalement. Chaque histoire est le brouillon de la prochaine, on rature, on rature, et quand c'est à peu près propre et sans coquilles, c'est fini, on plus qu'à partir, c'est pour ça que la vie est longue. Rien de grave.„